un désordre nommé Capital

capital et capitale font bon ménage, il n’était pas loin de le penser, même s’il se méfiait des jugements à l’emporte-pièce, mais il laissait aller ses pensées, il ne pouvait donc pas écarter this kind of statements, il les laissait entrer et les laissait sortir aussi fluidement que possible, sans hâte mais avec soulagement, ainsi voyageait l’ami Sándor, ne pouvant s’empêcher de faire des comparaisons entre Berlin et Paris, entre les deux guerres mondiales, et maintenant encore, voyageant toujours en train, des trains devenus trop rapides, des trains dont les fenêtres n’offraient plus rien à voir, des trains dont les contrôleurs recherchaient avant tout l’efficacité que das Kapital attendait d’eux, il flânait à Paris et flânait aussi à Berlin, quoi qu’il en eût dit par le passé, même s’il comprenait que la géométrie urbaine favorisait Paris la bordélique à Berlin l’efficace, du moins à première vue, Paris la bordélique, il entendit un couple d’Américains regardant du dernier étage de Beaubourg vers les Halles lâcher avec un vague mépris « What a mess ! »

les hommes et les femmes devenus des consommateurs ne pouvaient pas lutter contre les panneaux publicitaires et leurs injonctions monstrueuses, tout juste pouvaient-ils regarder le bout de leurs chaussures, auquel cas ils perdaient toute chance de ressentir de l’attraction pour l’un ou l’autre de leurs semblables, sauf à être fétichistes des pieds, Sándor marchait donc, et les pensées de son ami l’accompagnaient comme l’accompagnaient ses mots et le dédale des rues de Paris, les lignes droites des rues de Berlin, les morceaux de la playlist qu’ils avaient concoctée ensemble, les paroles anodines, sans effort, jusqu’à telle pause ou telle autre dans un café où les boissons ingurgitées descendaient sans y penser vers les organes de bas étage pour humidifier les bols alimentaires qu’ils finiraient par éliminer en s’asseyant sur ce que les Parisiens appelaient ironiquement le trône, eux qui s’y connaissaient en rois jusqu’au cou,

Sándor demanda à son ami pourquoi telle ou telle photographie, ce qu’il trouvait à immortaliser telle ou telle perspective, pignon d’angle urbain, sans qu’aucun intérêt sautât aux yeux, à quoi l’ami répondait qu’il s’agissait de documenter telle laideur trompeuse, telle beauté incommode, telle banalité, de telle sorte que dans cent ans l’on pourrait se faire une idée des paysages urbains et les comparer aux paysages ruraux de Pissarro ou Patinier, ce qui n’empêchait pas de chercher un cadrage donnant à voir quelque chose d’une composition heureuse, Sándor écouta sans rien dire en pensant au flux de ses propres phrases, à la succession des personnes croisées devenues des personnages, des personnes désormais toutes disparues de la surface de la terre, alors que les villes leur avaient survécu, du moins pour un temps encore, à tout le moins jusqu’au moment où des yeux humains ou humanoïdes se pencheraient sur eux pour les lire et tenter d’en saisir la saveur originelle derrière les effets du temps, ce temps qui déformait tout, dans le moindre détail, même si les ingrédients du Coca Cola n’avaient pas varié depuis que Leonardo y avait trempé les lèvres, et ainsi l’un et l’autre poursuivirent leur chemin à travers le monde sans se prendre la tête, juste en la faisant travailler ce qu’il fallait pour rendre le voyage agréable, pour ne jamais se lasser au point de ne jamais souhaiter mourir,

Auteur : Francis J

Écrivain photographe ou photographe écrivain

2 réflexions sur « un désordre nommé Capital »

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