faire signe

elle lui avait murmuré qu’à la nuit tombée, quand l’animal humain rentrait chez lui, s’enfermait dans son appartement, sa cabane ou sa maison, à la nuit tombée, le loup dont les chiens disent qu’il ne sait dormir que d’un œil, le loup se déplace très loin si nécessaire, le plus souvent le loup aime rôder sur son territoire à la recherche de signes, elle lui avait murmuré tant de choses,

il lui avait répondu que si le loup regarde et renifle, le loup humain ne renifle pas mais affûte son regard, le loup humain fixe les hommes et les femmes quand il les croise, tente de sentir ce qu’il pourrait tirer d’eux en cherchant un signe, il avait cru bon ajouter qu’il était ce loup humain, que l’alcool n’était jamais très loin, celui des autres par l’odeur qui dégoûte, celui qui roule dans son estomac et le fait tanguer, lui qui cherchait une issue, lui qui ne savait plus où aller,

de ces murmures il ne restait rien ou presque, cette nuit-là, il aurait appelé à l’aide s’il avait encore le souvenir d’un ami, il aurait cherché dans une poche ou l’autre un numéro de téléphone s’il avait payé sa facture de téléphone, cette nuit-là il titube – vertige de la solitude, vertige de la perte –, il tourne sur lui-même, il se fige face à une louve humaine qui le fixe depuis quelques secondes – une racoleuse, pense-t-il –, il détourne le regard, il fait quelques pas, une autre femme est là, elles sont désormais quelques unes malgré l’heure, elles sont quelques unes à l’approche de la gare, une femme lui a lancé un mot, il se demande si c’est un dommage collatéral, il se demande s’il est à ce point malade, elle ne lui dit plus rien, elle lui montre d’un geste du menton quelque chose à déchiffrer sur l’asphalte du trottoir, elle lui a fait signe,