Pierres et Lumière

Contrairement à l’article précédent et sa photo, j’ai bavardé. Non pas avec la petite fille qui nous jette un regard d’étonnement, mais avec sa maman, au sortir de son travail. On changera les noms, l’on donnera à la petite fille le prénom de Nour qui lui va bien. Nour = Lumière. Pas dans la langue du papa qui vient d’un pays très lointain et dont on ne parle jamais. Lumière, dans la langue de la maman, la langue originelle et les langues qui s’en inspirent, parlées par des centaines de millions de locuteurs. J’ai toujours aimé le nom de Nour, avant même de savoir ce qu’il signifiait.

La photo a été prise un jour d’été et de grand soleil, dans une rue de pierres, une rue tranquille et ses murs de pierres, ses pavés de pierres, ses pauvres pierres lumineuses. Et dans cette rue minérale, tandis que mon épouse et moi bavardions avec la maman, Nour s’est tournée vers nous, nous a renvoyé un peu de la lumière de ce lieu et de ce moment. Quelques années ont passé. Qu’est-elle devenue ? Comme toujours, il n’y aura pas de réponse. Je peux calculer son âge. Et alors ?

Je me demande à quoi bon repenser au passé, à quoi bon imaginer le futur. Certaines rencontres donnent l’occasion à de vieilles connaissances de raconter des souvenirs que nous aurions en commun. Je vais au cinéma et me rends compte soudain que j’ai déjà vu le film. Avec la musique, c’est différent. Rien ne vaut les musiques que nous avons déjà écoutées, parfois des centaines de fois. Avec la photo, c’est différent. Je me souviens très bien de photos que je n’ai vues qu’une fois il y a parfois des années et des années. Cette photo, je m’en souvenais très bien en la redécouvrant dans mes archives. Et je me souviens aussi de la maman et de son histoire, telle qu’elle nous l’a racontée. Question de lumière.