intime et personnel

les parties à mesurer étant absolument libres, les hommes ne sont pas obligés de mesurer leur sexe (en érection ou pas) ; c’est ce que nous dit Esther Ferrer à propos de l’installation qu’elle nous propose, où il est question de nous mesurer avec un ruban de couturier, de reporter sur un mur nos mesures, de tracer des lignes qui vont d’un point à un autre, de le faire le plus librement possible, de dire si nous sommes satisfaits ou non du résultat, d’en tirer une musique, au moins une note, ou pas, et puis il n’est pas interdit de photographier les murs sur lesquels se dessinent nos représentations, c’est ce que nous propose Madame Ferrer,

il n’est peut-être pas anodin qu’Esther (née en 1937 en Espagne) consacre une phrase aux hommes et à leurs sexes, nous savons que les hommes ont beaucoup de problèmes avec leurs sexes, à commencer par la taille de ceux-ci, et qu’en cela ils ne diffèrent pas des autres animaux, hormis que les hommes en font toutes sortes d’histoires à dormir debout ou à provoquer des insomnies, qu’ils transcrivent sur le papier ou sur la pellicule, qu’ils les numérisent au point d’accumuler une infinité de bits, contrairement aux autres mâles animaux qui foncent têtes baissées pour éliminer leurs rivaux, ces animaux dont les animaux humains ignorent presque tout, ces animaux dont les hommes et les femmes ne savent pas précisément comment ils se confrontent aux catégories du beau et du moche, même si les femmes et les hommes pressentent que la beauté et la laideur jouent un rôle pour certains animaux dans le choix de leurs partenaires, de même que parfums et odeurs et toutes sortes de catégories fondées sur des sens auquel l’animal humain n’a aucun accès, de la même façon que l’animal humain n’a guère d’intuition sur les différentes formes de vie (ce mot, faute de mieux), d’existence animée ou non qui pullulent dans l’infinité des univers,

nous ne savons pas comment cela a débuté, cette différenciation fondée sur le sexe, la séparation entre femelles et mâles, nous savons en revanche que la taille de nos attributs tient à un certain nombre de lois – une infinité de facteurs ? – que nous avons commencé à identifier, nous oublions, pour peu que nous y ayons pensé ne serait-ce qu’un instant, nous oublions que, vu des confins de l’infini, si toutefois ceux-ci existent, la taille de nos attributs sont bien dérisoires, en contradiction avec l’infini de nos réflexions, de nos sentiments, de nos émotions, toutes ces choses immatérielles qui se déploient sans limite connue jusqu’aux confins de notre vide absolu, si toutefois ceux-ci existent,