futur flou

dans un an, j’aurai quatre-vingts ans, cela fait un drôle d’effet, l’espérance de vie moyenne pour un homme de ma génération est de quatre-vingts ans, je me rappelle aujourd’hui mon premier long voyage en voiture, c’était vers Kaboul, capitale d’un royaume encore sous l’autorité de Zaher Shah, une autorité contestée par ceux de sa famille que heurtait la vue de quelques minijupes s’enhardissant dans les rues vaguement huppées et francophiles de la capitale, j’avais trente ans et je parlais à peu près le farsi qui cousinait avec le dari, j’avais été recruté pour cette raison par nos services, uniquement dans le cadre de cette mission sur laquelle je ne m’étendrai pas,

rien ne me surprend vraiment quant à la situation délicate, tragique pour le dire tout net, que traverse ce pays ces jours-ci, il suffisait de traverser les provinces en 1972 pour comprendre que cela prendrait beaucoup de temps pour que les mentalités évoluent – et dans quel sens était-il souhaitable qu’elles évoluent ? –, les couleurs très variées des yeux des enfants disaient aussi combien la diversité des peuples regroupés sur ce territoire ne facilitait pas la tâche de créer une nation – la France a mis plusieurs siècles pour y réussir tant bien que mal –, aujourd’hui les intérêts des puissances de la région sont bien différents, la Chine menant désormais le bal,

je me rappelle aussi la défaite des Américains en 1975 à Saïgon, une défaite sur le plan militaire que les Américains ont rapidement renversée sur le plan économique, maintenant que la manière de vivre vietnamienne s’est réduite en grande partie à une manière de consommer comme partout ailleurs ou presque, ce presque où se situe justement l’Afghanistan, ce pays où les Occidentaux ont planté quelques petites graines dans quelques villes, ce pays suivra-t-il le chemin du Vietnam au point que l’american way of life finira par s’imposer, j’aimerais pouvoir y fêter mes cent ans, mais je crains que ni les docteurs de la foi, ni les docteurs en médecine ne me feront ce cadeau,