buisson ardent

au bout d’un chemin et surtout pas au bout de la nuit, au bout d’un des chemins sur lesquels il s’est engagé, il y a la friche, un morceau de territoire laissé à l’abandon, une parcelle sans doute répertoriée au cadastre mais qui a échappé au bétonnage, au bout de ce chemin il y a un fouillis d’arbustes qu’il va écarter pour poursuivre son chemin, un fouillis d’herbes qu’on dit sauvages qu’il va piétiner et qu’il distingue à peine, il va s’enfoncer sans autre but que d’avancer, il va vers sa propre mort, mais pas plus que toi lecteur – inutile de jouer les héros ou d’entretenir quelque forme de pitié –, il va s’évader de ce que certains appellent l’urbanité même s’il reste dans les limites de la ville,

il va laisser ses pensées s’évanouir aussitôt qu’apparues, il va sans effort s’approcher d’une forme de méditation, à sa manière à lui, il va sourire en croisant un insecte qu’il n’est pas capable d’identifier, preuve qu’il est un de ces animaux humains qui ont perdu le contact avec ce que certains appellent la nature, il va laisser son visage esquisser un nouveau sourire et laisser monter en lui l’envie ou le désir de pisser, il regarde le ciel et cherche le scintillement d’une étoile, il lui faut quelques secondes pour l’apercevoir, il ne va discerner que quelques étoiles qu’il pourrait compter sur les doigts d’une main, il laisse le jet s’écraser sur un bouquet de ronce, arrose ces plantes de sa riche urée, il a cessé de sourire car il a perdu le libre laisser-aller des pensées,

rhabillé, il pense, il ignore pourquoi, à la poésie très ancienne d’avant Yeshoua, la poésie de la torah, il entrevoit le buisson ardent, il se remémore l’épisode, le ressasse, ce qui n’est pas bon, il se rappelle que cet épisode a été compris de travers par les imprudents, comme sont mal compris les rêves et les paroles jetés en pâture aux psy, il ne veut voir dans le buisson ardent que la beauté, l’aspiration et l’inspiration à se projeter au-delà d’un cercle au diamètre en expansion, il songe au buisson ardent dans lequel il voudrait se jeter, il songe aux dieux qui toujours les ont rejetés, lui et ses frères, il s’agenouille et tend les bras devant lui, là où brûle le buisson, et quand il croit l’atteindre, le buisson a déjà disparu,