triangle amoureux

la main du mari touche son bras légèrement, mais ne le saisit pas, comme si le mari craignait qu’elle perçoive son inquiétude, comme s’il avait peur de la perdre, il ne veut pas paraître trop possessif, lui qui se sent en danger, lui qui reçoit un message qui passe par ce qu’elle exprime avec son visage, ses yeux qui brillent et qui, sait-on jamais, envoient des ondes silencieuses et pourtant parlantes,

elle est déjà ailleurs, elle a oublié la présence du mari, elle ne sent pas la main posée sur son bras, elle regarde le photographe, lui sourit et même un peu plus, ses yeux brillent, sa bouche est déjà ailleurs, sa bouche annonce un désir, un désir qui échappe au mari, un désir qui tend vers l’ailleurs, vers l’autre, vers celui qui pourrait devenir son amant, celui qui pour l’instant n’est que le photographe,

comme presque toujours en ce temps d’avant les selfies, le photographe n’est pas visible sur la photo, il n’est pas visible mais il se devine dans son regard à elle, dans son sourire qui échappe à tout contrôle, qui malgré le geste de la main du mari est déjà ailleurs, au sommet du triangle amoureux, elle qui désire être prise par le photographe, prise en photo, elle qui est ravie que le photographe ait envie de la photographier,