vague fixation

attendre des amis dans la nuit de novembre oblige à regarder vaguement devant soi, éventuellement à se contorsionner, regarder à ce point vaguement que l’on est tout juste capable de remarquer un groupe un peu plus bruyant, un peu là où commencerait le lointain si l’on était enjoint de le définir en nombre de mètres, regarder devant soi et recevoir dans la rétine le signal de présences fuyantes, signal qui lui-même se faufile à travers le nerf optique pour atteindre une zone du cerveau dont j’ignore tout,

atteint par le syndrome assez commun du photographe pathologique, un syndrome que j’essaie de mettre à profit pour tenter d’en tirer une expérience que je veux enrichissante, je m’efforce de maintenir mes yeux dans la direction choisie, celle où se trouve le Paillon, et de tenir en main mon appareil téléphonique qui a muté en appareil photographique, je me tiens prêt à déclencher en appuyant du mieux que je pourrai sur le disque blanc qui tient lieu de bouton, en essayant de ne pas trop bouger, même si je sais que la prétendue intelligence artificielle corrige mes tremblements, annihilant tout espoir d’un flou assumé sauf à secouer la boîte chargée d’électronique jusqu’au cou des objectifs, puisque ceux-ci se multiplient désormais,

je feins d’en être réduit à ces navrantes extrémités et de regretter mon reflex approchant l’état de ruine, alors que mon iPhone me permet de la jouer discret et de satisfaire mon penchant voyeuriste sans prendre de risque, je laisse venir à moi mes proies, sachant que dans l’ensemble des animaux humains qui se présenteront devant l’un ou l’autre de mes objectifs, l’un ou l’autre retiendra mon attention pour une raison que moi-même ignorera au premier abord, et finira par découvrir, comme ici sous la forme d’une chaussure nette au point de donner à jouir à mon regard dépravé,