Au Bougnat

Je me suis trouvé par hasard rue Chanoinesse. Le matin même, en visitant l’exposition que le MAHJ consacre à Adolfo Kaminsky, je m’étais longuement arrêté devant une photo de la même rue, j’avais analysé sa façon d’équilibrer les noirs et les blancs, son jeu avec la lumière. Impossible avec un téléphone, soi-disant intelligent, de faire jeu égal avec la qualité obtenue avec un Rolleiflex. J’ai quand même cliqué. De ce clic silencieux et à l’aide – façon de parler – de l’objectif du smartphone. J’ai composé en faisant le point sur le restaurant. Un restaurant relativement connu. Créé par un Bougnat. C’était il y a belle lurette. Une époque où les Auvergnats montaient à Paris, pour faire fortune. Ou, plus souvent, survivre.

Survivre, tel est chaque jour plus vrai l’ordre du jour. Alors que je publie cette photo, dans soixante villes du monde, dont Paris, le mouvement XR s’attaque pacifiquement à quelques symboles de notre monde en décomposition accélérée. Adolfo est toujours en vie. Que pense-t-il de ce moment que nous vivons ? Aurai-je l’occasion de le demander à sa fille, Sarah ? La fabrication de faux papiers n’est probablement plus nécessaire dans cette guerre de résistance en cours. Quoi que j’ai lu aujourd’hui qu’en Australie le gouvernement demande aux soi-disant citoyens de dénoncer les résistants, de les prendre en photo…

Produire une chanson de soutien aux militants XR, ces guerriers pacifiques mais déterminés, c’est peut-être peu de chose, mais c’est ce qu’a fait Michael Stipe (ex R.E.M.) : « ajouter ma voix à cet excitant changement de conscience. Extinction Rebellion m’a donné la motivation de sortir ce morceau sans attendre. Notre rapport à l’environnement est quelque chose qui me concerne depuis toujours et maintenant je suis confiant, et presque optimiste. » Peut-on encore être optimiste ?