Train des merveilles

Les merveilles sont supposées être celles que l’on découvre en remontant trois vallées qui mènent de Nice à Tende, dernière ville à avoir été rattachée à la France. C’était en 1947. Tende, une jolie petite ville. Plutôt que jolie : dotée de charmes parfois ingrats. Une ville qui ne laisse pas indifférent. Une ville qui me plaît bien plus que certaines dont la renommée n’est pas méritée. Pour aller de Nice à Tende, on peut donc, comme le laisse deviner la photo, prendre le train. Ainsi, ce train dit des merveilles. Puisque c’est écrit sur le flanc des wagons.

On peut y faire de bien curieuses rencontres. Ce fut mon cas au mois d’août dernier. Assis face à moi, un couple. Lui, je suis certain de le connaître. Non pas personnellement, mais à travers le filtre des écrans de télévision, par exemple. Je cherche à mettre un nom, mais je ne le trouve pas. Et puis d’un coup cela surgit. Il a suffi qu’il ouvre la bouche pour s’adresser à son épouse – après un bon quart d’heure, tout de même. Il possède une voix reconnaissable entre toutes. Une belle voix, charmeuse, qui a su séduire des milliers de ses concitoyens. Une voix et un personnage que l’actualité judiciaire a mis sur le devant de la scène ces derniers mois. Elle, je la reconnais aussi.

Manifestement ils ne vont pas très fort. Je me demande à quoi il pense en regardant vaguement le paysage qui défile. Sans doute au verdict qui tombera à l’automne. Peut-être est-il désormais convaincu qu’il n’échappera pas à la prison. Quant à elle, elle se remet tout doucement de sa tentative de suicide. Ils sont assis côte à côte et pourtant ne sont pas loin de se tourner le dos. Quelle est la part de rancune de l’un pour l’autre dans les sentiments qui ne les quittent plus ? C’est leur affaire et seulement leur affaire. Même si mon intime conviction m’obligerait à les condamner, ils me font pitié. Ainsi va le train des merveilles.