le vertige

après, quelle manie leur a-t-il soudain pris d’utiliser à tout bout de champ l’adverbe « après » pour introduire une nouvelle partie du raisonnement qu’ils veulent nous faire avaler, après moi le déluge, bordel, après je m’en jetterai bien un derrière le collier et tutti quanti, après quoi je vais me relire avant d’aller me coucher, corriger le moins possible, après tel est mon choix, le choix de laisser sur l’écran les ratés et les raretés de ma pensée, avant le choix de repousser encore un peu the end, bro, qui probablement ne prendra pas la peine de me lire, car pouvoir me lire exigerait de sa part, au frangin, de faire traduire par sa machine à développer mes mots, mes pensées, leurs tours et détours, entre vérités provisoires et transitoires, après il lui faudrait éventuellement faire le tri et mettre au rebut tout ce qui s’apparente à des rébus cataleptiques, avant qu’elles s’effacent toutes seules les pensées de ce petit con de Français,

après, ce petit con de Français n’a peut-être pas tort de la ramener quand il dit, voire qu’il avoue pour ce qui le concerne, que l’idée de citoyen du monde est une escroquerie, une idée prise en défaut plus souvent qu’à son tour, vermoulée qu’elle est par des désirs de guerre, après j’aimerais tout de même pouvoir bavarder un chouïa avec l’étranger, le radicalement étranger, ce qu’il y a d’irréductiblement étranger en lui, aussi étranger que les guêpes et les cafards, aussi étranger que les chats et les chiens, surtout les chiens qui ne peuvent se retenir de venir se frotter contre moi pour me renifler et coller dans leur mémoire une sorte de QR code correspondant à ma putain d’odeur de mes pas tout à fait récurés recoins, après je me demande bien ce qui dans l’animal humain constitue l’organe le plus émetteur d’odeurs, bref ce qui pue le plus, ou ce qui agrée de la plus satisfaisante des manières les truffes canines, après tout nous en sommes là et ce n’est pas ragoûtant,

après, car il y a toujours un après, même après la fin, de même qu’il y a un avant même avant le commencement, je ne me pose pas de question sur ce qu’il va advenir de mon corps et de mon âme, je me pose plutôt des questions sur la vie que je vis, sur ce qu’il me reste à vivre, sur les années pendant lesquelles mon corps va vieillir, et surtout sur l’utilité du carpe diem, le besoin de vivre lorsque l’on sait que rien ne va s’arranger, que le déclin est là, même si je ne ressens pas franchement l’envie de m’échapper, d’échapper au déclin, d’échapper au vertige qui commençait à venir,

Auteur : Francis J

Écrivain photographe ou photographe écrivain

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