le spectacle à venir

des questions s’entassaient, y a-t-il plus sombre que le récent opus (le bien nommé 18) de Beck et Depp, The Death And Ressurection Show avait la saveur du shoot ultime, pourquoi le Crétin en chef s’évertuait-il à tenter de mobiliser ses cadres olympiques pour faire des Jeux de 2024 un succès, ne savait-il pas que ces Jeux n’auraient pas lieu ou qu’ils seraient interdits aux athlètes de la moitié du monde, comment pouvait-on encourager la consommation d’énergies fossiles – autant dire toutes les énergies – alors que l’Humanité risquait de vivre ses dernières années de confort – moins de dix, à coup sûr –, combien de morts feraient les toute prochaines déflagrations nucléaires, les questions se bousculaient, chevrotaient, l’envie de vomir remontait des intestins, ce dérèglement du bon sens ne résistait pas à la froide observation, contrairement à ce qu’il aurait voulu croire, l’animal humain n’était en rien responsable du dérèglement des sens du monde, si le monde prenait un coup de chaud, c’était parce que l’univers qui contenait notre univers, une sorte de poche qui contenait notre minuscule univers, cette poche tout à coup se déformait sous l’effet d’un simple mouvement un peu brusque, traduit en ondulations ici-bas,

les pages de Sur les ossements des morts alimentaient la nausée, quelqu’un viendrait-il poser une pierre sur sa tombe, sur ses ossements, il savait que non, « you’re just a human, a victim of the insane » dixit Lennon, mais le Crétin en chef faisait mine de promettre que tout allait aussi bien que possible, faisait croire au futur radieux des nouvelles générations, alors qu’il suffisait d’ouvrir les yeux ou la porte de la maison pour sentir que les derniers jours s’égrenaient au rythme d’un funeste compte à rebours, l’écoute des treize chansons de 18 faisait du bien de la même façon que l’écoute des meilleures compositions mélancoliques travaillait à saper la rate et faire tourner la bile au vinaigre, il regardait à la télé les retransmissions des épreuves sportives qu’il avait jusqu’ici dédaignées, c’était un rituel qu’il partageait avec des amis, le signe d’une fin prochaine, il regardait en buvant des bières, en vidant cul sec les alcools oubliés dans le buffet de la cuisine, en pensant au dernier cercle nazi du bunker d’A.H., les fidèles d’entre les fidèles réduits à suer, à puer, à vomir, à tenter l’impossible oubli, et nous étions tous encore accrochés à la surface de la Terre alors que la galaxie hoquetait en tous sens, prise qu’elle était dans la poche qui se resserrait,

est-ce que les gradins des amphithéâtres se rempliraient de joyeux drilles pour assister sur écran géant au spectacle grand-guignolesque des dernières heures humaines, des spectateurs la bouche collée au goulot de leurs bouteilles d’alcool adultéré, des égarés appuyaient à fond sur le champignon de leur vaisseau à quatre roues pour s’enrouler autour du tronc d’un arbre ou emplafonner un mur, partouzes géantes à organiser au plus vite, est-ce que les gradins des amphithéâtres se rempliraient de trouillards et de couillons écoutant les dernières prières de mages implorant le pardon que leur dieu sans nul doute leur accorderait – toutes les religions proposaient des récits qui se terminaient bien, qui se terminaient par la fin du monde – le moment était venu, combien crieraient leur hystérie, combien resteraient stoïques, impossible à prévoir, est-ce que les gradins des amphithéâtres se rempliraient d’amateurs de théâtres venus assister à la dernière représentation d’une tragédie grecque, une authentique dernière pour le coup, est-ce qu’il se passerait quelque chose d’inouï à l’instant de la mort collective, quelque manifestation divine projetée sur l’écran géant d’un nuage noir, est-ce qu’il se passerait quelque chose de totalement inattendu au moment de mourir, oui, il se passerait quelque chose de totalement inattendu au moment de mourir,

Auteur : Francis J

Écrivain photographe ou photographe écrivain

4 réflexions sur « le spectacle à venir »

    1. Karl Kraus, an example not to be followed.
      in the above short story, we are exploring the possibility that climate disorder may be a consequence, not of our energy-intensive behaviours, but of what affects our universe nested within a larger universe. many of the forces at play that we observe do not have an understandable explanation. We heterodox astronomers are exploring through Gedankenexperimente the possibility that an infinite number of universes are not only collateral, but also nested within each other, hence our inability to explain many of the phenomena we keep discovering.

      1. Ok, thanks for the clarification. Then I didn’t translate your text accurately enough.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :