aquoibonisme

la crise d’aquabonisme le surprit alors qu’il était censé mettre la dernière touche au tableau qu’il peignait des années 2050, un monde ni pire ni meilleur que celui des années 1950, probablement perturbant pour ceux qui avaient du mal à se tenir au goût du jour, un environnement encombré d’objets peut-être inutiles, sinon à la croissance sans fin du désir d’accumulation de la plupart d’entre nous, sous un ciel plutôt clément, en tout cas beaucoup plus agréable que celui du siècle passé, un peu plus chaud, du moins sous nos latitudes dites tempérées, une tiédeur propice à l’envie de ne rien foutre, autrement dit propice à l’aquabonisme,

la fâcheuse tendance à la procrastination n’arrangeait rien, et cette tendance que l’approche de la fin de vie aurait pu contrecarrer compte tenu d’une urgence objective à jouir des dernières années, cette inclination semblait paradoxalement s’aggraver, si bien qu’il allait se coucher chaque soir avec le sentiment du juste renoncement, même s’il avait promis à quelques-uns de s’y mettre à fond les manettes pour en finir avec son chef-d’œuvre, le chef-d’œuvre de toute une vie, ce roman qui concentrerait nombre d’enseignements que de multiples expériences lui avaient offertes sur un plateau doré, le plateau tendu aux dilettantes de son espèce,

et puis il y avait cette possibilité que, malgré tous les avertissements, l’humanité touchât elle-même à sa fin, ce qui, admettons-le, n’aidait pas à achever un roman qu’aucun lecteur n’aurait le loisir de feuilleter, une possibilité à laquelle lui-même ne croyait pas, sauf aux moments où ce qu’il lui restait de sentiment du devoir se manifestait et, par conséquent, justifiait une crise de paresse, une de plus, si bien qu’aquabonisme, procrastination et paresse se confondaient dans un évident défaitisme, rance des vapeurs d’alcools achevant de s’évaporer, mou du bas du ventre autant que de la main, fatigué de l’avenir avant même qu’il se présente, et là-dessus, alors que l’imparfait du subjonctif, soit « présentât », s’imposait, il venait d’y renoncer, croyant malin de jouer avec les mots, au point de relire trois ou quatre fois « l’avenir avant même qu’il se présente » avec un sourire au coin des lèvres, preuve s’il en fallait qu’il n’était capable que de pitoyables satisfactions,

Auteur : Francis J

Écrivain photographe ou photographe écrivain

Une réflexion sur « aquoibonisme »

  1. To the text:
    The catastrophe is that things will continue as they were before the crisis

    To the photo:
    Living like bees in their honeycombs

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