la leçon d’observation

je traversais l’immense place de la Révolution – immense à mon échelle – lorsque j’ai remarqué ce groupe d’élèves assis à même le pavé devant l’ancien Conservatoire de musique, leur maîtresse pointait un rayon laser vert sur la porte, une belle porte, et leur demandait ce qu’ils voyaient, les réponses tardaient à venir, au point que la maîtresse leur a dit que les maternelles s’étaient montrés plus prompts à répondre, je ne sais pas si c’était vrai ou si c’était pour tenter de les vexer, de remuer leur amour-propre, je suis resté un moment à les observer et j’aurais donné cher pour pouvoir faire partie de ce groupe d’enfants,

je me souviens que, à leur âge, ils nous arrivaient de sortir en groupe hors les murs de l’école, je me souviens très vaguement que nous sommes allés une fois à la campagne observer un ruisseau pour une leçon de choses, je me souviens que les instituteurs ont chanté quelque chose qui avait à voir avec l’eau, mais je ne me souviens plus de la chanson, les années ont passé, les années ont coulé, je me souviens aussi que nous sommes allés avec la classe voir un film et aussi une pièce de théâtre, je me souviens que j’aimais ces moments qui me tiraient de l’ennui pour quelques heures, je me souviens aussi d’un rayon de soleil qui un jour avait éclairé mon pupitre, mais je ne me souviens pas pourquoi cette image m’a marqué au point qu’elle reste imprimée en moi, qu’elle restera peut-être imprimée jusqu’au dernier jour,

j’ai une très mauvaise mémoire, ou bien est-ce la généreuse faculté, que je possède, d’oublier les choses du passé, je me souviens de l’énorme difficulté que j’éprouvais à mémoriser les poèmes que le maître nous infligeait, j’aurais pourtant aimé être là sur la scène ou sur l’écran de cinéma, je sais simplement que je ne suis jamais là où je devrais être, j’ignore si je le paierai un jour, je sais que j’aurais voulu être assis parmi tous ces enfants, sans doute aurais-je trouvé au moins l’une des réponses attendues, car j’étais un bon élève malgré tout, malgré mon incommensurable manque de mémoire,

Auteur : Francis J

Écrivain photographe ou photographe écrivain

3 réflexions sur « la leçon d’observation »

  1. Maybe because in the sunbeam thousands of dust grains danced, which made you realize the beauty of the ephemeral and thus the own transitoriness, which is not given to us human animals to escape …

    A very beautiful book, in which the formula « I remember » is the starting point for countless memories and associations:
    Joe Brainard, I Remember

    Cliquer pour accéder à I-Remember-Joe-Brainard-1.pdf

      1. Thank you very much, dear Uwe, for these links to Joe Brainard’s collection. As a pataphysician and perhaps also as a novelist, one of the most important of the 21st century in France, Georges Perec drew from Brainard his inspiration for « Je me souviens ». Incidentally, Georges Perec is one of my favourite authors, for books like « Les choses » and « La vie mode d’emploi ».
        To return more modestly to my little text, I should point out that it is a different exercise, I think, since the author is not the narrator.

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