reflets orthodoxes

enfant, j’aimais feuilleter le magazine Reflets orthodoxes qui traînait sur la table basse de la tante Alexia à qui nous rendions visite une fois par mois, une tante qui elle-même m’intriguait à travers les bribes de conversation que je captais, j’imaginais une vie pleine de mystères, une vie autrement plus intéressante que celle de mes parents, Alexia qui avait dû changer de pays plusieurs fois par la force des choses qu’ils appelaient politiques, il était aussi question d’un mari, d’amants, de compagnons, toutes sortes de personnages masculins sortis de romans forcément truffés de rebondissements,

un jour, Alexia avait disparu, définitivement disparu puisqu’on ne l’avait jamais revue, les parents en parlaient de temps en temps lors de réunions de famille, jamais longtemps, juste pour vérifier qu’aucun d’entre eux n’avait reçu de nouvelles, et puis on passait à autre chose, d’autant que la famille, hormis mes parents, comptait pas mal de tordus, qui offraient de quoi baver, parfois le ton redevenait sérieux et je comprenais qu’il me serait donné plus tard l’occasion d’en savoir plus, je ne comprenais pas mais j’espérais, j’en rêvais, ne serait-ce que pour accorder une importance plus grande à ma famille, mes parents qui en avaient bien besoin à mes yeux,

dans le magazine Reflets orthodoxes s’étalaient des reproductions d’icônes, ça me troublait toujours sans que je susse pourquoi, ce n’était pas seulement la beauté des personnages peints et enluminés, c’était plutôt leur expression, quelque chose que je n’avais jamais rencontré dans les églises catholiques dans lesquelles on pénétrait parfois, au prétexte que mon père souhaitait les visiter, il y avait aussi des photos de cathédrales orthodoxes, celle de Nice me plaisait au-dessus de tout, j’en avais appris beaucoup sur elle et sur la communauté russe de la ville sans oser imaginer que Nice deviendrait un jour le lieu où je rédigerais mon testament, qu’une fois, une seule, j’avais écorché en textament,

Auteur : Francis J

Écrivain photographe ou photographe écrivain

2 réflexions sur « reflets orthodoxes »

  1. A reflection triggers memories, the outside world leads into an inner world, connections are formed by the words that fall to us. Textament is an excellent word for this process.

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