trois sœurs

ni sœurs ni frères, il n’avait ni sœurs ni frères, répondit-il en écarquillant les yeux, il se demanda quelles autres questions la journaliste avait en magasin dans son lointain bureau, il regarda son image à la définition grossière, il lui dit qu’il préférait éteindre la fonction vidéo, que les voix suffisaient, et il éteignit l’image, il attendit une réaction, il se prit un revers, elle ironisa sur le paradoxe pour un photographe d’en finir avec l’image, son image à elle, elle qui lui demandait pourquoi son image l’incommodait, il ne sut comment renvoyer la balle, pesa l’ironie qu’elle contenait, la confiance qu’elle avait en elle-même, il gagna du temps en lui demandant de répéter la question, elle fit un pas de côté en lui disant que cela n’avait pas d’importance, elle voulut savoir pourquoi il ne photographiait jamais la nature, il lui envoya d’un coup sec que la nature n’existait pas, elle resta silencieuse, il crut bon ajouter que la nature n’existait pas, que l’homme était un animal comme les autres, que le caititu possédait une âme, que les arbres possédaient une âme, même chose pour les minéraux, elle lui demanda si son vrai nom n’était pas Philippe Descola, suggéra que cela expliquait son goût pour les forêts bétonnées, son obsession pour les bancs et chaises vides, sa production abondante d’images de street photography, bref tout et n’importe quoi, et il se sentit un peu con, elle lui demanda enfin s’il accepterait de lui donner son numéro de téléphone,

après avoir quitté Skype, il tremblotait un peu, le téléphone sonna, c’était Marco qui voulait prendre des nouvelles, c’était fou le nombre de gens qui voulaient prendre des nouvelles, il tremblotait encore un peu, ne parvenait pas à retrouver son calme, troublé par la voix de la journaliste, sans comprendre pourquoi cette voix le mettait dans pareil état, il dit à Marco que tout allait bien jusqu’à preuve du contraire,

le lendemain aux premières lueurs, il entendit la voix, entre rêve et réveil, cette voix qui le mettait dans tous ses états, il essaya de se rappeler son image, cette image qu’il avait chassée de son écran, il s’entendit lui murmurer de le laisser faire, il commença à lui caresser les cheveux, passer sa langue sur ses yeux, passer un doigt le long des ailes de son nez, poser ses lèvres sur les siennes, il lui demanda doucement comment étaient ses seins, elle lui dit qu’ils étaient petits, elle lui dit que leurs pointes étaient dures, qu’il pouvait descendre sa bouche doucement, et sa bouche glissa lentement quand le téléphone sonna,

Auteur : Francis J

Écrivain photographe ou photographe écrivain

5 réflexions sur « trois sœurs »

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s