aveuglement

il est des nuits où l’on sort du cinéma, où l’on se replonge dans la ville désertée, l’on entend seulement l’aboiement d’un chien dans le lointain, on se sent dans la rue comme dans une rue cinématographique, quand on n’a pas envie de rentrer là où personne ne vous attend, on éprouve sans honte le besoin de pleurer, pleurer toute son émotion ouverte aux quatre vents, laisser le bouleversement prendre possession de vos corps et âme, laisser le souffle qui vous anime se mêler au souffle de l’homme qui a choisi la guillotine, on ralentit le pas dans cette rue vide de piétons et d’automobiles,

on tourne à droite dans une ruelle dans l’étroitesse de laquelle on ne discerne toujours pas le chien qu’on entend, ce chien qui ne hurle pas à la mort, quand soi-même on pleure la mort de l’homme à qui l’on vient de trancher la tête, on avance en hésitant, en se demandant si l’on ne va pas voir soudain surgir d’un recoin un animal humain et ses mauvaises intentions, un animal éberlué, un mâle étourdi par l’alcool ou une femelle aux fringues de marque que son mâle a tenté de frapper d’un coup de couteau, ou bien encore une femme qui a échappé au voleur de sa voiture, comme Lena qui à dix-mille kilomètres de là vient de prendre un coup de crosse sur le crâne, Lena dont l’assaillant vient de prendre une balle dans la tête, l’assaillant dont le corps gît sur la chaussée du bord de mer,

une histoire qui n’est pas l’histoire d’un mauvais film, mais celle d’une mauvaise vie, que lorsque je pleure tout mon saoul je ne connais pas et que je ne connaîtrai qu’une heure plus tard quand mes larmes auront séché, une histoire que me raconte ma compagne secouée par la scène à laquelle elle vient d’assister, elle qui avec Lena se rendait à un spectacle de théâtre destiné aux aveugles mis en scène par Lena, une pièce qui pourrait être tout aussi bien le spectacle de notre monde et de ses habitants tous aveugles comme dans le conte de Saramago, aveugles un moment seulement alors que si nous n’avions pas la photographie à notre disposition nous serions éternellement aveugles,

Auteur : Francis J

Écrivain photographe ou photographe écrivain

2 réflexions sur « aveuglement »

  1. I translate your text into German, then into English and back again, and it is as if a mirror is looking into a mirror: an exchange of light that touches me, that creates themes and moods, a free play of associations that enriches my daily life.

    Who wants to walk in the midday sun? There are always just a few truths. The night light on the other hand is ambiguous, it creates space for misunderstandings. For much despair. But also a little hope.

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