Institut de beauté

C’était à Pont-à-Mousson. Je m’y baladais en famille, mais je ne sais plus de quelle famille il s’agissait. Le nom de la ville m’avait toujours plu, allez savoir pourquoi. De pont il est bien question, puisqu’un pont y franchit la Moselle. Mais Mousson ? Pas de mousson en Lorraine, sinon ça se saurait. Cela dit, avec le réchauffement climatique, cela pourrait venir un jour peut-être proche. En tout cas, pour l’instant, il ne s’agit que d’une colline où trônait un château. Rien de très original. On se balade, on admire quelques beaux restes inscrits au patrimoine. Et puis l’on tombe sur cette façade, l’une des plus intéressantes, à mon avis.

Comment ne pas tirer de photo ? D’autant qu’à une fenêtre un Mussipontain se prête au jeu. L’homme a l’air tout à fait sympathique. Il tient un escabeau, il porte la barbe et la porte bellement, il sourit au photographe et à la vie. La façade, que j’espère classée, arbore un menu d’une rare richesse. Deux sœurs tenaient la boutique et s’étaient donné pour mission d’embellir les Mussipontaines et les Mussipontains. Une de leurs spécialités est l’élimination des excès de féminité. Toute une époque, où l’on se devait d’afficher son genre, sans risque de confusion.

Notre barbu est-il de la lignée de ces deux sœurs ? J’aurais aimé m’attarder et boire un café ou un bock avec ce travailleur affable qui prend la pose. Mais ça ne s’est pas fait. C’est d’ailleurs, en ce qui me concerne, souvent le cas. Tous ces gens que je croise m’intriguent. Un instant, je voudrais les laisser me parler, me raconter ce qui occupe leurs esprits, ce qui les chagrine, ce qui leur plaît. Mais, l’instant d’après, alors que je m’éloigne, je me dis qu’il vaut peut-être mieux en rester là, garder le mystère entier et laisser éventuellement place à l’imagination. Et toi, lecteur, qu’en penses-tu, qu’imagines-tu ?

Auteur : Francis J

Écrivain photographe ou photographe écrivain

9 réflexions sur « Institut de beauté »

  1. Ah oui comment resister à la tentation de prendre la photo !? Elle est excellente. Et quel bonheur d’avoir quelqu’un qui se prête au jeu. Sûr qu’il n’aurait pas été opposé à un petit brin de causette. Pour ma part je n’ose pas trop photographier les gens comme ça dans la rue
    Pont à Mousson, j’y ai vu en 1980, lors du festival de Nancy, un spectacle étrange d’une troupe anglaise nommée IOU. C’était sur les bords de la Moselle, avec quelques images poétiques et saugrenues.

    1. Les dates ne correspondent pas mais IOU est le titre d’un morceau d’un groupe canadien baptisé METZ. Tout ça a à voir avec la Lorraine. Le groupe s’appelle METZ parce que deux des musiciens ont vécu dans cette ville et le titre IOU (I owe you) signifie une reconnaissance de dette envers Metz. Bizarre bizarre, aurait dit l’autre dont j’ai oublié le nom. Jouer avec la mémoire permet bien des divagations. Par exemple, une relation anachronique avec une oeuvre de Mathieu Saladin, dont j’ai montré une photo sur mon blog. Le chef d’oeuvre de MS s’appelle Effacement des endettements. Et patati et patata…

  2. when it comes to whether or not to talk to strangers, i think, in the immortal words of Iris Dement.. ‘I think I’ll just let the mystery be’ 🙂 but i’m introverted to the extreme, and really a bit anti social 🙂
    I love this picture, and the gentleman smiling adds a LOT to it, so I can see why you felt friendly toward him.

    1. Are you really a bit anti social? Blogging is a little bit social, isn’t it 😉 I didn’t know Iris DeMent. In French, it sounds a bit crazy (Dément means Crazy). Looking for more information, I discovered she recorded 4 songs with John Prine (on his album In Spite of Ourselves). I guess I’m going to listen to it. When my headphone will be loaded.

      1. oh, yes, « let the mystery be’ is my fave tune by her 🙂 here’s a fun version… there are always exceptions to my ‘dislike country music’ rule lol

  3. Platz für die Imagination bietet jedes Foto: Seine Stummheit fordert unser Sprechen heraus, und durch unsere Worte wird es beredt.
    Die Fassade auf Deinem Foto gibt jedoch Hinweise, fungiert wie eine Leinwand, die beschriftet wurde. Wir sehen also die Fassade eines Schönheitssalons, welcher mit diversen Anwendungen das Aussehen und die Körperformen der Kunden zu verbessern verspricht. Viel wäre zu diesem Optimierungswahn zu sagen, zu diesem Bodyshaping um jeden Preis -, doch das Motiv stimmt mich milde wegen des Mannes im Fenster: Er ist freundlich und zugewandt, dem Tag, seiner Arbeit, dem Fotografen, und wahrscheinlich auch dem Leben gegenüber. Er verändert nicht nur die Stimmung des Bildes, sondern auch seine Aussage: Bioästhetik hin oder hmer, was zählt, ist Haltung, schlichte Humanität. Daher hat er meine vollste Sympathie, obwohl ich nichts von ihm weiß und nie etwas über ihn erfahren werde. Vielleicht ist es gerade diese Distanz, dieses Unwissen, was es mir ermöglicht, der reinen Oberfläche dieses Fotos zu vertrauen.

    Gruß Uwe

    1. « La surface pure de cette photographie » : il est vrai que la façade agit comme la toile blanche d’un écran de cinéma. Et dans ce cinéma, nous pouvons faire notre propre film. Merci, Uwe, pour donner à cette photo l’occasion de rebondir sur d’autres histoires.

  4. C’est une belle photo, comme vous, j’espère qu’il vont préserver la façade.
    Je revenais de je ne sais plus quel coin de France , quand j’ai vu un panneau qui annonçait « Pont à Mousson. Un joli nom de ville, je m’arrête pour y passer la nuit , le souvenir que j’en garde est horrible : une ville laide et grise.
    Mussipontaines : rigolo
    Observer les gens et imaginer ce que pourrait être leur vie, ça m’amuse, entamer une conversation n’est pas nécessaire, c’est mieux de garder le mystère.

    1. Je ne m’imagine pas m’installer à Pont-à-Mousson et je peux comprendre que l’on en garde un mauvais souvenir. Cela dit, il y a des villes, au prime abord pas très avenantes, dont je garde de bons souvenirs. Cela dépend essentiellement des gens que l’on y rencontre. En tout cas, c’est l’impression que j’ai.
      Merci Nadezda d’être repassée ici et donc indirectement à Pont-à-Mousson. Notre petite conversation et cette photo enrichissent les souvenirs que je garderai de cette ville. Et pourvu qu’ils sauvegardent cette façade !

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