Double mouvement

Slalom olympique

Photographier la pluie, c’est photographier un mouvement, celui de l’eau qui tombe plus ou moins vite, plus ou moins densément, plus ou moins froidement. Ce n’est pas facile de rendre compte de ce mouvement. Car il faudrait idéalement que le spectateur sente un inconfort en regardant la photo. Mais l’on sait que généralement le spectateur observe la photo bien au sec, dans son salon ou dans l’espace d’une galerie d’exposition. Même s’il est permis de contempler la pluie, dans la rue, sur l’écran d’un smartphone.

Photographier quelqu’un sous une pluie battante, une personne démunie de parapluie, c’est aussi photographier un mouvement. Le photographe a le choix de la vitesse d’obturation, qui va décider de la netteté ou du flou du rendu. Que choisir ? C’est une question de style, diraient les stylistes, qui se dépêcheraient d’ajouter qu’il est question d’art ou, à tout le moins, d’une prétention à atteindre une forme d’art. Les pédants en rajouteraient une couche en nous étalant que depuis le vingtième siècle il suffit de se déclarer artiste pour revendiquer le droit de produire de l’art. Trouver des acheteurs est une autre affaire, non ? Qu’importe puisque Van Gogh n’a rien vendu de son vivant et que des milliardaires spéculent sur des œuvres contemporaines que l’on peut qualifier de foutaises. Et-cetera.

Double mouvement, donc. Celui de la pluie et celui de la personne. S’agissant de la photo présentée ici, prise à Lausanne par une température plutôt fraîche pour un mois de septembre, l’inconfort était double, celui de la personne courant vers l’abri que constituait l’entrée du musée olympique et celui du photographe en équilibre instable dans un abri improvisé. Simple remarque pour rappeler que la photographie de rue est marquée presque toujours d’un double inconfort, celui du photographe qui se sent plus ou moins coupable de voler une image, même si c’est à l’insu du modèle qui s’ignore, et celui justement du modèle, même s’il ne présente que son dos, car beaucoup de ces modèles involontaires ont un sixième sens qui les avertit confusément qu’on les observe.

Merci à Florian pour le rapprochement avec Tom Waits, A Little Rain.

Merci à Uwe pour ce grand moment de poésie qu’est le film de Joris Ivens, Regen.

Auteur : Francis J

Écrivain photographe ou photographe écrivain

9 réflexions sur « Double mouvement »

  1. La photo est magnifique, quand à Van Gogh c’est compliqué, le lendemain de sa mort les marchands d’art ce sont précipités . Doit-on dire pauvre Vincent où pauvre Théo ?

  2. i certainly wouldn’t describe my photography as art!! it’s a hobby, something that makes ME feel good… i have a little biz, tshirts and coffee mugs, and making designs for them, that also makes me feel good… but it’s not art lol loving your Ricoh GRD-esque black and whites! and i love tom waits AND florian lol

  3. Ich fühlte mich beim Lesen Deines Textes an die folgende, sehr pointiert formulierte Passage von Susan Sontag, Über Fotografie, erinnert:
    « Der springende Punkt beim Fotografieren von Menschen ist, dass man sich nicht in ihr Leben einmischt, sondern es nur besichtigt. Der Fotograf ist ein Supertourist – eine übersteigerte Spielart des Anthropologen -, der Eingeborene besucht und Nachrichten von ihrem exotischen Treiben und ihrer sonderbaren Aufmachung mit nach Hause bringt. »

    1. Le photographe comme anthropologue, voilà qui me paraît assez juste. J’imagine que si les anthropologues disposaient de photos d’hommes du paléolithique dans leur environnement, par exemple, ils seraient ravis.

  4. Je regarde encore cette photo qui est une réussite, on perçoit les deux mouvements. Aujourd’hui il pleut et vente, temps parfait pour faire des photos . C’est vrai que les gens ont un sixième sens quand on les photographie en cachette 🙂

    1. Merci encore, Nadezda. Et je suis d’accord en ce qui concerne le mauvais temps. Et dire que la plupart des gens pensent qu’il faut du soleil pour prendre de bonnes photos ! Cela dit, j’aime bien aussi le soleil, d’autant que j’ai passé 11 ans au Brésil avec mon épouse brésilienne 😉

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s